Sélection Polar | Oldies & Goldies

necropolisNécropolis, Herbert Lieberman, Points, 8 €

Paul Konig est médecin légiste à New-York. Il excelle dans l’art de trancher, ponctionner, analyser la bidoche froide, et de se brouiller avec la terre entière. Il a en sainte horreur les gratte-papier, sa hiérarchie, les incompétents et l’optimisme. Pour ce dernier point, la noirceur des bas-fonds de la grosse pomme pourrie est idéale. Nécropolis n’est pas une enquête policière mais une plongée dans les chambres froides du quotidien sordide d’un légiste. Pas d’artifice high-tec, pas de dents blanches, pas de médecin-enquêteur en carton, pas d’issue de secours. Un grand roman noir • Jérôme

——————————————————————————————————————-

toxic bluesToxic Blues, Ken Bruen, Folio, 7,50 €

Dans tout bon polar, un détective crédible doit picoler. Beaucoup. Être allergique à l’autorité, increvable mais un peu bancal – c’est un humain, merde ! D’où la picole. Voyez le tableau ? Ken Bruen repasse le plat avec son personnage de détective privé alcoolique et irlandais (une combo peu minéralisée) : Jack Taylor. Mais Jack n’est pas du genre alcoolo jazzy pour qui deux aspirines, une ale et une douche glacée suffisent à purger la tuyauterie. Non, Jack est un vrai drogué. Minable, inefficace, foireux, manipulateur, faible et le plus souvent la gueule dans les chiottes que sur les lieux du crime. Un excellent bouquin non dénué d’humour servi par un anti-héros fort (at)tachant • Jérôme

——————————————————————————————————————-

BouffeLa Bouffe est chouette à Fatchakulla, Ned Crabb, Folio, 6,2 €

Dans les marécages qui cernent Fatchakulla, une créature diabolique rode. Les cadavres affreusement dépiautés de locaux consanguins s’empilent. Un monstre qui f’rait passer les ‘gators du cru pour de braves chatons. Est-ce le diable, un fantôme, un loup-garou ? Dans la bibliothèque de tout amateur de polar, vous trouverez La Bouffe est chouette. Pourquoi ? Car les romans noirs aussi jubilatoires sont denrées rares. à rapprocher de Fantasia chez les ploucs de Charles Williams ou du Lézard lubrique de Melancholy Cove de Christopher Moore • Jérôme

——————————————————————————————————————-

linguisteLe Linguiste était presque parfait, David Carkeet,
Monsieur Toussaint Louverture, 19 €

Dans un centre d’étude du langage des nourrissons, gravitent une brochette de linguistes fatigués sous la houlette d’un directeur tyrannique. Le cadavre de l’un d’entre eux est découvert dans le bureau du héros. Victime d’un accident de voiture, le défunt a été soigneusement tondu et traîné dans le bâtiment. Le héros, pathétique et sujet de vexations sourdes, devra endurer les sarcasmes d’un inspecteur soupe-au-lait, la suspicion de ses collègues et enquêter sur ce meurtre afin de restaurer son honneur déjà mis à mal. Original et efficace • Jérôme

——————————————————————————————————————-

orphelinsOrphelins de sang, Patrick Bard, Points, 7,90 €

A Ciudad de Guatemala, l’une des villes les plus violentes du monde, deux jeunes femmes mayas gisent dans la boue d’un terrain vague à côté d’un jouet en peluche. L’une est morte. L’autre a survécu par miracle, mais sa fille de dix mois a disparu. [Une] enquête sur le négoce le plus florissant de son pays : le vol et le commerce de masse des enfants. [4e de couverture]. Patrick Bard, déjà auteur de l’éprouvant La Frontière, revient avec une nouvelle œuvre impitoyable de réalisme barbare. Une œuvre à la violence extrême ancrée dans une réalité peu relayée par nos médias. Pour public averti • Jérôme

——————————————————————————————————————-

TueurLe Tueur aux psaumes, Christopher Petit, Folio, 8,60 €

Irlande, années 70 et 80, deux décennies en étau autour d’une intrigue complexe, politique, criminelle, sanglante, à la poursuite d’un tueur psychopathe particulièrement inventif. Un des nombreux mérites de ce livre est de nouer avec plausibilité fiction et réalité, de nous remettre sous les yeux tout le cynisme et l’horreur de ce conflit (les Bouchers de Shankill !) où l’ennemi n’est pas toujours dans l’autre camp, où le prix d’une vie n’est pas le même  d’un trottoir à l’autre. Plus de 600 pages de tension impeccable • Emmanuel

Critique | Estive

estiveCritique de EstiveHOFMANN Blaise, éditions Zoé, 2011.

Blaise Hofmann, journaliste et romancier suisse, a été berger, le temps d’un été.
Entre guide du parfait berger et poésie pure, il confie dans ce carnet de voyage plutôt sédentaire, ses réflexions, observations et parfois aussi divagations. Attention la vie de moutonnier n’est pas rose ! Le tableau dressé de cette vie-là, souvent fabulée, est terriblement dure. Estive a reçu le prix Nicolas Bouvier au festival Étonnants Voyageurs (Saint-Malo) en 2008.

EstiveHOFMANN Blaise, éditions Zoé, 2011 – 8,10€

Critique | Hongrie-Hollywood Express

hongrieCritique de Hongrie-Hollywood Express, PLAMONDON Eric, Phebus, 2013.

Éric Plamondon s’était juré d’écrire son premier roman pour ses 40 ans et c’est chose faite. Il s’est même lancé dans une trilogie ! Son projet, explorer les USA du XXe siècle au travers de figures emblématiques qui ont comme point commun 1984 ! On ne croirait pas comme ça mais 1984 ça évoque beaucoup de choses : le plus flagrant est peut-être Orwell et son big brother. De là, il n’y a qu’un pas pour penser à Steve Jobs et la sortie remarquée du premier Mac avec un spot publicitaire directement inspiré d’Orwell. Mais 1984 c’est également l’année du décès de deux grands de la culture populaire américaine : Johnny Weissmuller et Richard Brautigan.

Le tout premier volume est donc dédié à Johny Weissmuller, champion de natation et surtout connu du public pour son interprétation de Tarzan dans les années 30. Johnny est une bête de natation mais un très mauvais acteur ce qui lui vaudra bien des déboires. Mais son histoire (immigration, compétition, Hollywood) permet d’en explorer d’autres extrêmement riches ! Par ailleurs, la structure du livre et l’écriture de Plamondon sous forme de passages et de chapitres très courts (qui font penser à du Brautigan) offre une couleur vraiment originale au récit. Une découverte des plus enthousiasmantes !

L’édition originale est parue aux éditions Quartanier, Québec.

Critique de Hongrie-Hollywood Express, PLAMONDON Eric, Phebus, 14€

Critique | Un locataire

locataireCritique de Un locataire, JAKOBSDOTTIR Svava,  Éditions Tusitala, 15€

Voilà un récit qui déroute tant par sa forme que par son contenu. A la limite du fantastique et parfois même de l’absurde, l’auteure nous plonge au coeur de la société islandaise de 1969. Un couple soumis à une grande pression sociale parce qu’ il tarde à achever la construction de sa maison se voit contraint d’accueillir un locataire pour pouvoir avancer. Ce nouvel élément vient chambouler l’organisation du ménage. Sous forme de parabole ou de métaphore, l’histoire se prête à diverses interprétations et reflète les préoccupations de l’auteure engagée dans les combats féministes et antimilitaristes. Nous devons la traduction française de ce texte aux jeunes et prometteuses éditions Tusitala. L’ouvrage reprend également un second texte « Histoire pour enfants » qui prend véritablement aux tripes ainsi qu’une postface éclairante sur l’oeuvre de l’auteure.

Un locataire, JAKOBSDOTTIR Svava,  éditions Tusitala, 15€

Critique | Atomik Aztex

atomik aztexCritique de Atomik Aztex, Sesshu Foster, Passage du Nord-Ouest, 2013.

Là, c’est difficile. Sesshu Foster est avant tout poète, et ses images sont saisissantes. On peut aussi voir dans cette œuvre gonzo une critique de notre société occidentale. Bref, si vous aimez vous perdre en suivant une langue folle, s’il vous semble évident qu’une puissance mondiale comme les Aztèques coopère avec les Russes à Stalingrad, si le strabisme divergent ne vous effraie pas, entre le guerrier Socialiste Aztex Zenzontli et le même, employé dans un abattoir des USA, si vous trouvez qu’un bon sacrifice humain sans une touche esthétique est un gâchis, ce livre est peut-être pour vous.

Atomik Aztex, Sesshu Foster, Passage du Nord-Ouest, 19 EUR