La mort est mon métier – Robert Merle – Folio

mortestmonmetier«L’honneur, c’est obéir aux ordres» et un «bon Allemand» vit pour son honneur, tout le reste est secondaire! Les plus grands assassins de masse de la seconde guerre mondial naîtront en respectant ce principe à la lettre.

Sur une période allant de 1913 à 1946, Robert Merle nous fait découvrir la vie de Rudolf Lang, futur commandant d’Auschwitz, un des «ingénieurs» de la solution finale (en réalité, le personnage dont l’auteur s’inspire se nomme Rudolf Höss et a réellement été le commandant du camp de concentration d’Auschwitz). Cet homme est un véritable symbole (sociologique et psychologique) du massacre industriel des «inaptes», qui s’est déroulé, en secret, dans cette region de Pologne alors que l’invasion allemande consumait les frontières de l’Europe et du monde. Au delà de la vision historique, ce texte nous guide dans les monstrueux méandres du cerveau de ce SS, froid, intelligent et obéissant. Les humains deviennent des unités «à traiter» et l’humanité, une trahison. «J’ai été choisi à cause de mon talent d’organisateur» déclarera l’Obersturmbannführer Lang au psychologue, Gilbert, dans sa prison de Nuremberg. Le petit Rudolf qui aurait dû, comme l’avait ordonné son père, devenir un serviteur de dieu (et ce afin d’effacer les péchés du paternel) s’était transformé en un être dénué de coeur. En apparence, Rudolf n’a bien sûr pas l’air d’un assassin. Il est un bon mari et un bon père de famille bien qu’il déclare assez souvent ne pas être «sensuel». Sa femme, quant à elle, ne lui reprochera que son absence avant de découvrir l’autre facette du père de ses enfants. C’est cette dichotomie entre d’une part, le massacre de millions d’êtres humains et d’autre part, cette impression que Rudolf Lang est un bon soldat, performant, intègre, inventif, capable d’initiative et d’organisation, très travailleur bref un brave type qui obéit aux ordres et protège sa famille, qui nous permet de ressentir «l’infiniment horrible» de cette extermination raciale.

Il peut être intérressant de rappeler que ce texte a été écrit entre 1950 et 1952 et qu’il fut «démodé» avant même sa publication comme l’écrit l’auteur dans la préface du présent ouvrage. À peine 7 ans après son terme, la seconde guerre mondiale ne provoque déjà plus d’intérêt. Je ne suis pas historien, ce qui ne me permet pas de répertorier précisémment les raisons de ce désintérêt mais cette information me semble un bon vecteur de réflexion. Comment peut-on nier ou ne pas voir ou oublier de tels événements ? Pourquoi arrête-t-on d’en parler ? Et aujourd’hui quelles sont les choses que l’on ne veut pas voir et dont on ne peut/veut plus parler ? Ce roman historique est particulièrement bien écrit, simple et efficace. On suit la ligne du temps guidé par un style au service de l’Histoire et de la réflexion.

Je voudrais terminer par un extrait qui, j’en suis certain, sera plus éloquent que n’importe lequel de mes mots:

«A vrai dire, je n’aimais pas beaucoup les fosses. Le procédé me paraissait grossier, primitif, indigne d’une grande nation industrielle. J’avais conscience, en optant pour les fours, de choisir une solution plus moderne. Les fours avaient, de plus, l’avantage de garantir mieux le secret, puisque la crémation était effectuée, non pas en plein air, comme pour les fosses, mais à l’abri des vues. En outre, il m’avait paru souhaitable, dés le début, d’enfermer dans un même édifice tous les services nécessaires à l’action spéciale. Je tenais beaucoup à cette conception, et j’avais pu voir, par la réponse du reichsführer, qu’elle l’avait également séduit. Il y avait, en fait, quelque chose de satisfaisant pour l’esprit dans la pensée qu’à partir du moment où les portes du vestiaire se refermeraient sur un convoi de 2000 juifs jusqu’au moment où ces juifs seraient réduits en cendre, toute l’opération se déroulerait, sans heurt, dans un même lieu.»

Etienne.

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