Critique | London Orbital | My Goodness-What a book!

Un objet littéraire fou. Une véritable prouesse éditoriale. Un road-movie haletant le long d’une autoroute.
De quoi s’agit-il ? D’une exploration psychogéographique de la M 25, le périphérique long de 200 km qui ceint Londres.

Au fil de ses pérégrinations, la marche va donner lieu à moult digressions sur le Thatchérisme, le processus de gentrification et autres considérations littéraires voire sur les débuts de JMW Turner.
Comme l’affirme Merlin Coverley, un libraire londonien, dans Psychogéographie, poétique de l’exploration urbaine (paru chez les Moutons électriques), « la liberté est un mot qui sent le chemin ».

Pour Iain Sinclair, marcher est la meilleure façon d’explorer et de tirer parti d’une ville, de ses transformations, et, pour cela, rien de mieux que la dérive volontaire qui consiste à arpenter le bitume dans un état de rêverie.
Dans ce texte, dont le titre résume le programme, Sinclair tourne autour de Londres en marchant le long du périphérique M25, qui ceint la capitale britannique. Il est parfois seul, parfois accompagné de plasticiens ou de musiciens (Bill Drummond, du groupe d’acid house KLF, mais oui rappelez-vous  We are the Ancients of Mu Mu). Il décrit les parkings, les stations-service, les supermarchés et les banlieues-dortoirs, mais aussi les champs et les décharges….  Il va donc explorer la M25, grand projet du vingtième siècle inauguré en grande pompe lors de son accomplissement en 1986 par Margaret Thatcher, responsable de nombreux bouleversements dans la géographie londonienne.

Roman de la marche, London Orbital fait de la fuite du milieu urbain moderne un moyen de mieux le découvrir, de se concentrer sur ce qui est tellement habituel dans ces non-lieux que sont les bretelles d’autoroute afin de les voir d’un autre regard, nouveau. Et ce nouveau regard est justement le bon, celui propice à la découverte, à la révélation de ce qui demeurait dissimulé. Un regard perspicace sur l’Angleterre contemporaine, paru précisément au beau milieu de la controverse autour du Millenium Dôme, ce raté très onéreux devenu symbole des excès du New Labour.
Son auteur, Iain Sinclair, vit dans le quartier populaire de Hackney, dans l’Est londonien, proche de cette partie de Londres qui a été défigurée, éventrée, gentrifiée pour les Jeux Olympiques. Depuis trente ans, il arpente la ville pour mieux la dire.

Tirons un coup de chapeau à la maison d’édition Inculte pour la publication courageuse (si pas téméraire) de ce bel objet déroutant, 650 pages d’une œuvre inclassable : Même si le livre prend parfois la forme d’essai politique et critique (dénonciation de la gentrification, de la vidéosurveillance, des méfaits du thatchérisme…), son  amplitude est bien plus vaste : cette œuvre indescriptible ,véritable somme de savoir, se compose de rencontres, de souvenirs, de théories,  de rêveries, de considérations sur le bitume et politique en matière d’ hospices publics, d’érudition, de paysages, d’anecdotes, … London Orbital est un véritable périple à la fois délirant et rationnel.

Iain Sinclair  London Orbital, une promenade autour de l’autoroute M25, Inculte éditions, 2010.

 

 

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