l’avenir, ça se travaille

Travail, question pol C1 vignetteL’avenir, ça se travaille !

 

Nicolas Latteur Le travail, une question politique, Bruxelles, Aden, 2013

Comme le titre le souligne, en voulant refaire du travail une question politique, l’auteur invite la gauche à se réapproprier cette question et à l’interroger sous tous ses aspects plutôt que de la laisser aux mains de l’entreprise.

Pour l’auteur, il semble en effet logique et urgent de se réapproprier le travail.. Comme Chris Sacco et Joe Hedges l’illustrent brillamment dans Jours de destruction, jours de révolte[1], une des raisons principales de cette réappropriation est le fait que le capitalisme est structurellement aveugle aux conséquences sociales, culturelles, écologiques qu’il génère alors que « la finalité de l’activité est une question sociale, écologique mais aussi existentielle »[2].

Comme le souligne Nicolas Latteur, « faire du travail une question politique, c’est refuser que les seules institutions du marché soient habilitées à désigner une activité reconnue comme étant reconnue pour du travail »[3]. Ce qui, par ailleurs, ouvre la porte à des idées a priori utopiques comme le salaire socialisé cher à Bernard Friot, voire au revenu d’activité promu, notamment par André Gorz[4]..

Cette réappropriation du travail passe notamment par la construction d’une intelligence collective des relations de travail. Et comme le fait observer Matéo Alaluf dans la préface, « le travail comme question politique et démocratique engage non seulement l’action syndicale de la base au sommet mais aussi ses modalités d’action et ses structures internes »[5].

Et dans  ce cadre, l’auteur rompt une lance en faveur de la « construction de convergences avec les mouvements écologiques {ce qui} passe par la remise en cause au sein du mouvement syndical de l’idéologie productiviste et du mode de production capitaliste et par la prise en compte dans les mouvements écologistes des rapports de production qui mettent à mal les rêveries d’une transition en douceur vers un capitalisme vert »[6]

Cette approche couplée à une fiscalité solidaire, une annulation de la dette, une réduction du temps de travail (qui libérerait le travail et du travail) ouvre indubitablement l’horizon. Utopies que tout cela, ou utopies déjà là ? Quoi qu’il en soit, grâce à cet ouvrage, il semble indubitable que « la question de la liberté dans le travail réapparaît comme une question fondamentale des démocraties modernes »[7]


[1] Chris Hedges-Joe Sacco, Jours de destruction, jours de révolte, Paris, Futuropolis, 2012

[2] Nicolas Latteur, op. cit , p.90

[3] Idem, p.124

[4] Lire le dossier paru sur ce sujet dans Le Monde diplomatique du mois de mai 2013

[5] Matéo Alaluf, Préface, in Le travail, une question politique, Aden, Bruxelles, 2013, p.8

[6] Nicolas Latteur, p. 92

[7] Bruno Trentin, La cité du travail, le fordisme et la gauche, Paris, Fayard, 2013,.p.417

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