Journal à bicyclette

David Byrne, fondateur du mythique groupe des Talking Heads (les trentenaires et au-delà comprendront !), artiste polyvalent, adepte de l’art contemporain et organisateur d’événements, sillonne le monde et n’oublie jamais de prendre son vélo sous le bras, ne serait-ce que pour ressentir, comme il l’exprime en préambule de cet opus, cette impression « de liberté et de vigueur » qui s’empare de lui, quand il regarde le monde du haut de sa selle. (Je partage bien évidemment cette vision des choses !)

Le monde ou plutôt les villes. On y passe d’Istanbul à Buenos Aires, de Manille à Sydney ou à Hongkong, de Londres à Berlin, sans oublier les nombreuses pages consacrées aux villes américaines : Pittsburgh, San Francisco, Detroit, Baltimore et New York. Partout, il sillonne les paysages urbains, les ausculte car selon lui, le vélo permet de « regarder les choses depuis un point de vue proche de celui des piétons, des marchands ou des petits vendeurs, tout en profitant d’un mode de déplacement dont la rupture avec la vie de la rue n’est pas entièrement consommée ».

Mais le livre est plus que les vagabondages d’un artiste : cet opus prend ainsi la forme d’un manifeste politico-vélocipédique. Étayées par une multitude de références brassant l’architecture, la psychologie, la littérature ou l’art contemporain et illustrées par de nombreuses photographies, les considérations de David Byrne offrent un condensé de l’époque, ses excès, ses aberrations et ses mutations. Ainsi, ses déambulations à Berlin lui permettent d’évoquer le passé de la ville et le rôle de la Stasi et le fil rouge de ses considérations pose la question de la manière dont nous gérons l’espace urbain et la façon dont ce dernier reflète les évolutions de notre société : des friches industrielles de Detroit, du consumérisme avec ces périphéries américaines bordées de magasins et de fast-food et où la voiture est reine, au processus de gentrification qui s’empare des quartiers d’abord abandonnés, puis investis par les artistes avant d’être la proie de la spéculation immobilière (Brooklyn, Williamsburg, Prenzlauer Berg,… ), sans oublier l’importance du trottoir et du sort qu’on lui réserve comme parallèle du sort réservé à l’égalité dans notre société.

Avec ce livre, David Byrne confirme qu’en vélo, une pente n’est jamais mauvaise. Il fend l’air et l’asphalte à la recherche d’un sens à la ville et nourrit une réflexion sur l’inertie des comportements humains, exemplaire, selon lui, dans le tout-à-la-voiture.

Journal à bicyclette, David Byrne, Seuil « Fiction & Cie », 398 p., 23 €

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