Humeur | Quand Amazon flingue aussi les bouquinistes

« Après les jeux vidéo, consoles et accessoires, Amazon.fr choisit d’étendre son programme « Amazon Rachète » aux livres d’occasion. […] Les clients revendeurs reçoivent en contrepartie un chèque cadeau à valoir sur un produit du programme Amazon.fr pendant 1 an. […] La procédure est simple : le client vérifie si son livre répond aux critères de légitimité disponible sur le site, il l’envoie ensuite avec une étiquette prépayée par Amazon.fr et reçoit sous deux jours, après réception et vérification de l’article, un chèque cadeau crédité sur son compte amazon. » Source Livre Hebdo

Adieu bouquinistes, vendeurs sur brocantes, videurs de greniers. Il ne suffit plus à Amazon de zapper les libraires à coups de -5% + Livraison gratuite. Il est aussi indispensable de nous « faciliter la vie » en convertissant en quelques clics nos vieux bouquins (ou les horreurs reçues lors des fêtes) contre des bons d’achat.
Votre vieil exemplaire de Twilligth – maintenant que vous avez dépassé votre puberté fort ingrate – vous fait honte? Combien vaut-il de Anne Perry? 300 gr.? Deux Douglas Kennedy pour un Stieg Larsson? Et quel est le cours du Laurent Gaudé? Plus que celui du F.O.G.?
Mon optimisme snobinard m’enjoint de rester positif ; les amateur-trices de littérature et d’édition de qualité (qualité ne veut pas dire complexité ou prix élevé) ne tomberont pas dans le panneau publicitaire. Soit ils garderont tout en bons névrosés de la cellulose, soit ils continueront à revendre chez des bouquinistes humanoïdes bipèdes (qui sont des libraires aussi compétents et passionnés que ceux avec supplément bouche en cul-de-poule) ces livres qu’ils ont aimé ou pas. Mieux encore, ils les donneront pour le simple plaisir de partager ou combler une lacune impardonnable (c’est condescendant, je m’en fous). Ou alors, nous persévérerons à croire que ces pseudo progrès que sont les librairies en ligne, livre électronique et autres merdes dématérialisées sont développés pour notre émancipation, notre confort, notre performance consommation. La gueule collée à notre écran, nous boursicoterons les rares items à valeur symbolique qui nous distinguent, par exemple, du labrador.
Pfff, l’idée d’Amazon n’est pas même mauvaise. Revendre en ligne, au final, pourquoi pas? Bien sûr que nous voulons vendre en ligne ! Mais pourquoi échanger un bouquin contre des points (argent en ligne, certes) … Quelle valeur pour Victor Serge? Moins que pour Musso car moins facile à replacer? Ou alors l’offre et la demande dévalueront-elles les best-sellers au profit des brols rares. Et une fois vendus, ils deviennent quoi au fait les bouquins chez Amazon? Revendus en occase? Dans la chaudière de la centrale d’achats? Papier chiottes chez Aldi?
Oh, et puis flûte, faites à votre guise. Je suis conservateur, j’admets. Amazon à raison de nous simplifier la vie. Tiens, je vais échanger ma vieille peluche Fonzy contre des points Delhaize ; encore 30 points et je m’offre un presse-purée. Utile ça, un presse-purée.

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