Critique | De la gratuité dans les transports

De la gratuité dans les transports

 Aubagne, une bourgade comme les autres. Quoique, rappelons qu’elle s’est offert le luxe de récuser une agence de notation qui menaçait de la dégrader. En ces temps de phobies face aux spéculateurs représentés par ces sbires, voilà un fait qui peut compter et qui peut rassurer et inspirer.

Mais Aubagne  a aussi mis en œuvre  la gratuité des transports en commun: depuis 2009, l’agglomération a adopté la gratuité totale de ses transports publics et est en train de mettre en place le premier tramway gratuit au monde.

Dans un ouvrage dont le titre détourne astucieusement la devise républicaine de la France (Voyageurs sans ticket. Liberté, égalité, gratuité : une expérience sociale à Aubagne {1}, Magali Giovannangeli et Jean-Louis Sagot-Duvauroux, respectivement présidente de la communauté d’agglomération pays d’Aubagne et de l’Etoile, et philosophe évoquent tout ce que concept de gratuité a pu déclencher et font réfléchir à la gestion des transports et aux conséquences qu’il induit : baisse de la circulation automobile ( et donc baisse des émissions de carbone, moindre consommation d’énergies et moindre importance accordée aux parkings), usure moindre des voies publiques, fréquentation plus assidue des transports en commun et changement du mode de vie pour certains, fin de la fraude. La gratuité induit aussi une baisse des incivilités et des tensions entre ceux qui resquillent et ceux qui payent et avec ceux qui sont supposés veiller au paiement du tarif (combien de cas d’agression sur les trains de la SNCB ne sont-ils pas liés à la resquille ?). Partant, la gratuité induit l’égalité et gomme les distinctions sociales tout en rendant la vie du chauffeur plus sereine.

Cette politique de la gratuité est un véritable jalon dans la lutte contre la marchandisation : la gratuité proposée par la municipalité est une expérience très localisée mais qui donne à penser au niveau beaucoup plus large. Pour le dire autrement, Aubagne, par la « transformation du service public en lui donnant un nom, donne plus de liberté et d’égalité »[2] et pose une question politique qui nous amène à repenser notre rapport au service public. Ainsi la perspective politique offerte par les services publics permet de penser le renversement de la logique marchande et capitaliste pour la satisfaction de certains besoins : «  rien n’est plus alternatif au marché que la gratuité puisqu’elle instaure dans les faits une vieille utopie communiste et libertaire : à chacun selon ses besoins »[3].

En somme la gratuité offre une issue plausible, féconde et efficace au règne des rapports marchands.

Enfin,  la gratuité, « quand elle est effective, {elle} est une mesure politique qui présente la caractéristique assez rare d’inscrire dans la réalité une utopie indépassable.»[4]

Un ouvrage assurément salutaire!

Olivier Starquit


[1] Jean-Louis Sagot-Duvauroux et Magali Giovannangeli, Voyageurs sans ticket. Liberté, égalité, gratuité : une expérience sociale à Aubagne, Au diable Vauvert, Vauvert, 2012

[2] Idem, p.117

[3] Idem, p. 35

[5]  Idem. , p 149

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