Critique | Dans le jardin de la bête | E. Larson

Dans le jardin de la betePhilip Kerr qualifie ce livre de : « document sidérant qui se lit comme thriller ». Je me méfie toujours de ces phrases toutes faites que les éditeurs plaquent sur les quatrièmes de couverture mais, ici, c’est assez proche de mon ressenti.

En effet, cet ouvrage n’est pas un roman. Il a été construit pour en avoir l’apparence et en a souvent la saveur mais, pour moi, il doit être classé dans la catégorie « Histoire ». Je n’ai pas l’autorité d’un historien mais j’ai recoupé plusieurs éléments avec internet et d’autres de mes lectures sur le sujet (Vivre et mourir sous le IIIe Reich, Peter Fritzsche, Dans la Grèce d’Hitler, Mazower, …) et je ne peux que conclure que sa nature est intrinsèquement historique. Écrit historique qui se dévore comme un thriller !

Erik Larson décrit, dans un style soutenu et accessible, la dizaine d’années qui précède le début de la seconde guerre mondiale : Hitler chancelier, l’incendie du Reichstag, « la question juive », « la nuit des longs couteaux »… Bref toute la transformation de la nation allemande et de son peuple ancrée dans l’Europe de l’entre-deux-guerres ! L’auteur parvient à décrire avec clarté cette période complexe de l’Histoire tant au niveau des mutations politiques internes de l’Allemagne qu’au niveau de son positionnement international ou encore au niveau de la passivité des grandes démocraties de l’époque (futurs alliés ?!?). Il n’épargne pas les États-Unis qui sont plus préoccupés par le remboursement de la dette allemande (Traité de Versailles) que par les Juifs ou par l’autocratie d’Hitler et ses sbires qui menace, de plus en plus, l’Europe et le monde. On constate que, déjà en 1933, l’argent est plus important que les idées. Je pourrais aussi parler de ce sentiment de « danger » qui guette encore aujourd’hui la démocratie mais je vous laisse mûrir les réflexions qui bourgeonneront, je l’espère, durant votre lecture.

Bouquin d’Histoire donc ! Certains penseront qu’Histoire se conjugue au « passé ennuyeux » surtout si cela traite d’Hitler et de l’Allemagne nazie. Eh bien, non ! Et c’est en partie pour ça que le travail de l’écrivain est génial. Il arrive à nous faire avaler tout ça comme une lettre à la poste grâce à la famille Dodd et aux personnes qui gravitent autour d’elle. Il utilise des faits et des personnages réels mais ils n’en ont pas moins un caractère romanesque.

William E. Dodd, directeur du département d’Histoire à l’université de Chicago dont la chimère est de terminer une sorte de thèse sur le « vieux sud » américain, devient le premier ambassadeur des États-Unis de l’Allemagne nazie, à Berlin, en 1933. Outre sa fille, Martha, son fils, Bill Jr et son épouse, Marthie, Dodd emporte avec lui une totale inexpérience en diplomatie, des valeurs héritées de Jefferson et un soutient caduque du corps diplomatique et du président Roosevelt. C’est avec et à travers eux que l’auteur va nous faire vivre la naissance du IIIe Reich. Dodd prend progressivement conscience des menaces du nazisme et d’Hitler lui-même qu’il avait largement sous-estimé au départ. Il finira par se battre pour faire admettre des évidences que lui-même n’avait pas soupçonnées avant de vivre à Berlin. Martha, sa fille, sybarite à l’extrême, finira par prendre une voie parallèle à celle de son père et ce malgré une admiration pétillante pour le national-socialisme à son arrivée en Allemagne. Finalement, ses frasques amoureuses la pousseront dans les bras d’un agent du NKVD (service secret russe, futur KGB) et elle sera, de nouveau déçue mais cette fois par le communisme.

Je pourrais continuer à écrire longtemps à propos de ce texte tant il m’a traversé mais je risquerais d’abîmer l’intrigue. J’ajouterais juste qu’il a la couleur de l’Histoire et de son devoir de mémoire et la texture du thriller et de son divertissement.

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