Été – Edith Wharton – Ombres

été_whartonDe puis ma tentative (d’abord avortée, mais finalement victorieuse) de lire la classique « Foire aux vanités » de Sir Thackeray, je suis devenue, si pas accroc, à tout le moins amatrice d’histoires et d’auteurs anglais du XIXe. Les descriptions qu’ils font des milieux à la fois mondains et populaires de l’époque victorienne, leurs critiques plus ou moins acerbes de cette société, les romances, souvent tragiques, de leurs personnages mais pas toujours (ouf ! mon côté fleur bleue y trouve son compte)… m’ont régulièrement fait passé de bons moments. Que ce soit Anthony Trollope, Emily Brontë, Elisabeth Gaskell… chacun m’a ravi à sa façon !

À ce beau tableau manquait le versant américain. J’ai donc lu tout récemment le roman Été de la célèbre Edith Wharton ! Ce texte n’est apparemment pas la plus re-connue de ses oeuvres mais c’est une parfaite entrée en matière. Tout y est! Le contraste entre la vie citadine et celle de la campagne, et puis encore entre le milieu coincé du petit village de North Dormer et la vie précaire et débauchée des habitants de la Montagne voisine (une colonie constituée d’alcooliques et de bandits), une héroïne qui a du caractère et fait fi des convenances pour autant qu’elle soit fidèle à elle-même, la romance (évidemment) et enfin, de magnifiques paysages !

Notre héroïne Charity Royall est une orpheline originaire de la Montagne, recueillie par un notable du coin alors qu’elle n’était qu’une enfant. Devenue femme, son seul désir est de gagner suffisamment d’argent avec son emploi de bibliothécaire afin de quitter North Dormer. Une vie meilleure l’attend ailleurs, elle en est certaine ! Par ailleurs, ses origines et son caractère orgueilleux ne la rendent pas très populaire auprès des jeunes gens du village et la solitude semble être sa compagne la plus fidèle. Aussi, lorsque Lucius Harney, jeune architecte au charme plus que certain, à la voix douce mais assurée s’intéresse à son travail à la bibliothèque mais aussi à elle, se sent-elle quelque peu chamboulée. C’est là le début d’une forte amitié qui se transformera peu à peu en passion, belle et éphémère puisque rattrapée par le dur carcan de la société.

Une histoire qui peut paraître banale mais qui, dans le contexte qu’en donne Wharton, prend des dimensions bien plus vastes. Notamment celles d’une société qui rend quasi impossible l’émancipation des jeunes femmes qui, quand elles y parviennent malgré tout, en payent le prix fort!

Bref, je n’ai pratiquement pas lâché le livre avant la fin et me réjouis de découvrir d’autres titres comme Ethan Frome ou encore Chez les heureux du monde.

Sélection jeunesse printemps-été 2014

dolores_wilsonPETIT Aurore et Mathis – Une aventure de Dolorès Wilson/Panique au Mini-Market – Les fourmis rouges – 7,90€
Nous suivons Dolorès (une femme donc), « intérimaire de l’impossible » pour l’entreprise OBOULO (faut vivre avec son temps) et maîtresse de Doug (son chien en léger surpoids). Pour rendre le tout vraiment frais et clinquant, s’y ajoute un graphisme un peu vintage (dessin au crayon, couleurs vives). Voilà qui donne le ton ! Dans cette aventure, Dolorès, un peu désoeuvrée ce jour là, se rend au mini-market pour faire quelques courses. La voilà soudainement face à un Yeti fou furieux qui plonge la superette dans une panique terrible ! Mais Dolorès a plus d’une flèche à son arc ! Bon, je n’en dit pas plus et vous laisse vous plonger dans cette série drôle et raffraichissante ! (dès 6-7 ans)

BoraxTHINARD Florence – Le rêve du Professeur Borax – Bulles de savon – 6€
Amédée Borax est un éminent scientifique qui ne s’attache qu’aux choses sérieuses de la vie. Dès ces 10 ans, il a décrété qu’il était grand et qu’être grand c’est du sérieux. Mais voilà, 40 ans plus tard, a-t-il été heureux ? C’est la rencontre en rêve de Simon-le-cochon, son vieux doudou, qui réveillera en lui la spontanéité et la créativité de sa jeunesse. Un petit ouvrage touchant destiné au premières lectures (6-7 ans)

recettes_cueilletesALENDA Emilie – Mes recettes de cueillettes – L’initiale – 12€
Un petit album coloré qui invite les enfants à la découverte de certaines plantes aromatiques, petits fruits et autres aliments rencontrés dans notre nature. Du sirop de violettes à la chantilly à la menthe en passant par la soupe à l’ortie, petits et grands prendront plaisir à confectionner et déguster ces recettes simples et savoureuses.

gustave_dortLEMANT Albert – Gustave dort – L’atelier du poisson soluble – 20€
Cet album, hommage au renommé illustrateur Gustave Doré, nous plonge dans les tumultueuses aventures imaginaires d’un jeune garçon accompagné de sa poule verte. Ainsi le voici confronté aux moulins de Don Quichotte, embrigadés dans un combat contre les cosaques, parti pour un voyage dans l’espace ou tombant nez- à nez avec le chat botté… Autant de contes qui auront ponctués nos jeunes années. Beau cadeau !

bigoudiPERRET Delphine & MOURRAIN Sébastien – Bigoudi – Les fourmis rouges – 13,80€
Bigoudi est une dame d’un certain âge dont le plus fidèle compagnon, Alphonse un Bouldogue français, vient de mourrir. La peine que cela lui cause est tellement profonde qu’elle a peur de l’éprouver à nouveau si ses amis venaient à disparaître. Pour éviter toute tristesse, elle décide de rompre tout contact avec ses amis et organise sa vie sans contact humain. Il va sans dire qu’un élément perturbateur la fera revenir à la raison mais ce déroulement quelque peu banal n’enlève rien à la beauté de cette histoire et à la tendresse qu’on éprouve pour elle. De plus le tout est dépeint avec humour et souligné par un dessein fin et léger. Une pépite !

victorineCANTAIS Claire – Votez Victorine – L’atelier du poisson soluble – 16€
Aujourd’hui Présidente de la République, Victorine a dû briser les chaines qui la destinait au sort classique du mariage et de la femme au foyer. Un événement particulier lui a permis, avec quelque courage et intrpidité, de prendre une nouvelle voie. Pas toujours évident ! Au delà de l’histoire originale de Victorine, l’auteure utilise des tableaux de peintres célébres pour créer ses décors. Une technique qui a son charme !

La fuite du temps, Yan Lianke, Picquier

La fuite du temps, Yan Lianke, Picquier, 22€Y. Lianke remonte le temps pour donner toute l’ampleur de l’histoire de ce village luttant sans cesse contre le terrible mal qui le ronge : la maladie de la gorge obstruée. Car au village des Trois Patronymes personne ne vit au delà de 40 ans. Au fil des pages, il dévoile les efforts colossaux fournis par ces paysans pour changer le cours des choses. Et bien que le temps soit compté pour ces villageois, ils n’échappent pas à l’amour, à la déception, aux luttes de pouvoir ni au sempiternel combat entre intérêt collectif et intérêt individuel. L’histoire est inspirée de faits réels, on apprend que les autorités informées des causes du mal n’ont pas bougé.

Dandy, Richard Krawiec, Tusitala

Dandy, Richard Krawiec, Tusitala, 18,50€C’est par les cours d’écriture en prison ou dans des centres d’accueil de SDF que Krawiec redonne un peu d’humanité et de pouvoir d’agir aux laissés-pour-compte, aux sans-voix. Dans Dandy, il dépeint de manière franche mais bienveillante la précarité économique et culturelle d’un fragment de la société américaine des années 80. On entre d’emblée dans la vie misérable d’Artie et Jolene. Lui, voleur à la petite semaine, plutôt minable et carrément alcoolique ; elle, jeune mère célibataire qui ne sait plus quels plans trouver pour élever son petit garçon, Dandy. Leurs chemins se croisent, on espère que c’est l’occasion d’un nouveau départ mais la vie est une chienne !

Camarade Kisliakov, Romanov Panteleimon, Héros-limite

camarade kisliakov, romanov panteleimon,  héros-limite, 24€Dès les années 20, l’auteur décrit les effets de la mise en place du nouveau régime en Russie. Dans Camarade Kisliakov, il suit le cheminement d’Hyppolite K., un intellectuel sans repères depuis l’arrivée du prolétariat dans les affaires très sérieuses et cloisonnées du musée où il travaille. La confrontation à l’idéalisme de certains et au pragmatisme d’autres brouilleront son système de valeurs. L’angoisse et l’incertitude guideront désormais ses choix, parfois risqués. Le roman c’est aussi une description très précise et ironique des conditions de vie de l’époque : les appartments communautaires, les tramways surchargés et les mentalités.