Abaddon, Koren Shadmi, Ici-même

abaddon, koren shadmi, ici-même, 26 €Dans une ambiance fort Lynchéenne – ce qui peut rebuter autant qu’attirer, Abaddon joue sur les conventions du huis-clos (littéralement puisque l’intrigue se noue dans un appartement dont les colocataires ne peuvent pas s’échapper), du fantastique et d’un fifrelin de thriller psychorrfique pour glacer le tout. On aurait pu craindre la soupe de torture (ou le chuchotis de nains endimanchés de carmin et dansant à rebours) mais l’auteur n’est pas une quille et offre une BD aussi étrange que jolie, bizarrement servie par un style graphique peu typé angoisse cérébro-dépressive.

Heartful company, Gataro & Taki, Imho

heartful company, gataro & taki, imho, 14 €Un cancer aussi fatal que rapide est diagnostiqué au directeur infect d’une usine d’armement. Choc pour le bestiau qui se résout à réorienter son activité dans les bonnes actions. Mais ni lui ni ses conseillers crétins
ne savent en quoi cela consiste. L’occasion de paver l’enfer d’intentions aussi bonnes que catastrophiques. Ce manga est d’une rare virulence, d’un cynisme d’encre et croûté d’un humour qui ne fera pas rire tout le monde. Moche de prime abord, la BD repose sur la répétition de cases identiques insufflant un tempo fort et proposant un subtil mélange de l’expérience cinématographique de Koulechov et des itérations iconiques de Tondheim & Menu dans Moins d’un quart de seconde pour vivre.

In God we trust, Winschluss, Requins Marteaux

in god we trust, winschluss, requins marteaux, 25 €Aaaah que je l’ai attendu celui-là. La Bible, ce grand best-seller de science-fiction judeo-palestinienne, enfin illustrée et saucée façon Winschluss. C’est cra-cra, con-con, mais diablement efficace. L’occasion de découvrir un remix gay de la fameuse expropriation du jardin d’Eden avec Adam & Dave, une battle de super-pouvoirs entre Dieu himself et Superman, quelques publicités idiotes, etc. Sans doute pas aussi spectaculaire que son chef-d’oeuvre Pinocchio mais nettement moins rasoir que l’original prosélyte

La fin de l’homme rouge, Svetlana Alexievitch, Actes sud

la fin de l’homme rouge,  svetlana alexievitch, actes sud, 24,80 €Comprendre le drame soviétique, mais aussi ses fulgurances, son génie et son aliénation totale est parfois une gageure. Qu’est-ce que l’« âme russe », où puise-t-elle son âpreté, sa morbidité ? Comment ce peuple a-t-il vécu la perestroïka, le basculement dans le capitalisme débridé ? Comment le stalinisme est-il jaugé à l’aune de l’Histoire?
Au travers d’échanges en roue libre avec quelques spécimens d’Homo Sovieticus, l’auteure propose une édifiante polyphonie garantie cccp. Dans la veine de l’excellent Studs Terkel (Working, Race, etc.)

Sélection Polar | Oldies & Goldies

necropolisNécropolis, Herbert Lieberman, Points, 8 €

Paul Konig est médecin légiste à New-York. Il excelle dans l’art de trancher, ponctionner, analyser la bidoche froide, et de se brouiller avec la terre entière. Il a en sainte horreur les gratte-papier, sa hiérarchie, les incompétents et l’optimisme. Pour ce dernier point, la noirceur des bas-fonds de la grosse pomme pourrie est idéale. Nécropolis n’est pas une enquête policière mais une plongée dans les chambres froides du quotidien sordide d’un légiste. Pas d’artifice high-tec, pas de dents blanches, pas de médecin-enquêteur en carton, pas d’issue de secours. Un grand roman noir • Jérôme

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toxic bluesToxic Blues, Ken Bruen, Folio, 7,50 €

Dans tout bon polar, un détective crédible doit picoler. Beaucoup. Être allergique à l’autorité, increvable mais un peu bancal – c’est un humain, merde ! D’où la picole. Voyez le tableau ? Ken Bruen repasse le plat avec son personnage de détective privé alcoolique et irlandais (une combo peu minéralisée) : Jack Taylor. Mais Jack n’est pas du genre alcoolo jazzy pour qui deux aspirines, une ale et une douche glacée suffisent à purger la tuyauterie. Non, Jack est un vrai drogué. Minable, inefficace, foireux, manipulateur, faible et le plus souvent la gueule dans les chiottes que sur les lieux du crime. Un excellent bouquin non dénué d’humour servi par un anti-héros fort (at)tachant • Jérôme

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BouffeLa Bouffe est chouette à Fatchakulla, Ned Crabb, Folio, 6,2 €

Dans les marécages qui cernent Fatchakulla, une créature diabolique rode. Les cadavres affreusement dépiautés de locaux consanguins s’empilent. Un monstre qui f’rait passer les ‘gators du cru pour de braves chatons. Est-ce le diable, un fantôme, un loup-garou ? Dans la bibliothèque de tout amateur de polar, vous trouverez La Bouffe est chouette. Pourquoi ? Car les romans noirs aussi jubilatoires sont denrées rares. à rapprocher de Fantasia chez les ploucs de Charles Williams ou du Lézard lubrique de Melancholy Cove de Christopher Moore • Jérôme

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linguisteLe Linguiste était presque parfait, David Carkeet,
Monsieur Toussaint Louverture, 19 €

Dans un centre d’étude du langage des nourrissons, gravitent une brochette de linguistes fatigués sous la houlette d’un directeur tyrannique. Le cadavre de l’un d’entre eux est découvert dans le bureau du héros. Victime d’un accident de voiture, le défunt a été soigneusement tondu et traîné dans le bâtiment. Le héros, pathétique et sujet de vexations sourdes, devra endurer les sarcasmes d’un inspecteur soupe-au-lait, la suspicion de ses collègues et enquêter sur ce meurtre afin de restaurer son honneur déjà mis à mal. Original et efficace • Jérôme

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orphelinsOrphelins de sang, Patrick Bard, Points, 7,90 €

A Ciudad de Guatemala, l’une des villes les plus violentes du monde, deux jeunes femmes mayas gisent dans la boue d’un terrain vague à côté d’un jouet en peluche. L’une est morte. L’autre a survécu par miracle, mais sa fille de dix mois a disparu. [Une] enquête sur le négoce le plus florissant de son pays : le vol et le commerce de masse des enfants. [4e de couverture]. Patrick Bard, déjà auteur de l’éprouvant La Frontière, revient avec une nouvelle œuvre impitoyable de réalisme barbare. Une œuvre à la violence extrême ancrée dans une réalité peu relayée par nos médias. Pour public averti • Jérôme

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TueurLe Tueur aux psaumes, Christopher Petit, Folio, 8,60 €

Irlande, années 70 et 80, deux décennies en étau autour d’une intrigue complexe, politique, criminelle, sanglante, à la poursuite d’un tueur psychopathe particulièrement inventif. Un des nombreux mérites de ce livre est de nouer avec plausibilité fiction et réalité, de nous remettre sous les yeux tout le cynisme et l’horreur de ce conflit (les Bouchers de Shankill !) où l’ennemi n’est pas toujours dans l’autre camp, où le prix d’une vie n’est pas le même  d’un trottoir à l’autre. Plus de 600 pages de tension impeccable • Emmanuel